Dany the slumdog…

Dany Boyle est connu, entre autres, pour ses deux Trainspotting et ses 28… Il est aussi connu pour Slumdog Millionaire, qui a empoché trois statuettes lors de la 81è cérémonie des oscars, dont celle du meilleur film, rien que ça.

Adapté du roman de Vika Swarup, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien Malchanceux qui Devint Milliardaire, notre cher Dany nous plonge dans l’univers des bidonvilles indiens, sur fond du célèbre jeu télévisé, Qui veut gagner des millions ?

Jamal Malik, jeune orphelin vivant dans un ghetto insalubre de Bombay, est sur le point d’empocher la coquette somme de 20 millions de roupies. Soupçonné de tricherie, il est arrêté et torturé. Sommé de justifier ses bonnes réponses, il commence à raconter des évènements de sa vie qui lui ont permis de connaître les bonnes réponses aux questions… Nous voilà donc entraînés dans la vie peu ordinaire du jeune homme qui sert le thé aux employés d’un centre d’appel de la capitale.

Si Dany Boyle a su se démarquer avec une filmographie variée, du film de gangster amateurs (Une vie moins ordinaire) au film de zombies assoiffés de sang (les sanguinolants 28 days/weeks later), en passant par les junkies qui se soignent (l’excellent Trainspotting), il excelle cependant dans ses thèmes récurrents et maîtrisés : l’argent et ses conséquences, mais aussi l’amour.

Du talent dans la mise-en-scène


Dynamique, coloré, rythmé et bien mené, le film de Dany Boyle saura mettre en lumière son talent incontestable. On ne peut s’empêcher de se sentir touchés, même un tant soit peu, par le parcours tragique du héros.

Suivant le principe double-narratif du flash-back, le film nous transporte dans l’univers exotique et coloré, contrasté de violence, qu’est celui de l’Inde. Un sorte de roman d’apprentissage à l’envers, finalement, avec l’adulte qui revient sur sa vie passée, avec tout ce recul et cette finesse propre au film et à son jeu d’acteur. Un bilan d’une vie mouvementée qui lui aura permis d’arriver à la dernière question du jeu télévisé.

Clichés et préjugés occidentaux


Évidemment, en ce qui me concerne, je fais partie des néophytes concernant l’Inde. J’ai vu le film à sa sortie sur grand-écran, à savoir en 2008, j’avais donc 22 ans. Encore jeune et innocente, aux velléités humanistes, parfois inadéquates, inculquées par mes parents, j’ai reçu le film avec le prisme, légèrement biaisé, de la jeune fille mal dans sa peau qui, encore parfois aujourd’hui, ne sais pas comment ne pas s’auto-flageller et se culpabiliser d’être chanceuse. N’est-ce pas culpabilisant de voir la vie tragique de Jamal Malik ? N’est-ce pas, franchement, vaguement hautain de s’apitoyer sur son sort ? Là réside toute la question de savoir s’il est judicieux ou non de vouloir mettre en lumière des vrais sujets de société.

Tout dépend de comment seront traités ces sujets. Avec le prisme ultra-objectif du docu ? Avec des aides de consultants hyper au fait ? Mais l’objectivité n’a pas, je pense, sa place dans un objet cinématographique car qui dit émotions dit complications rationnelles. Alors l’exercice est-il aisé ?

Malgré une grande maîtrise technique, uen qualité esthétique indéniable et des prouesses de mises-en-scènes, Dany Boyle reste Dany Boyle, le film s’enlise dans des clichés et des préjugés occidentaux presque insupportables à assumer. Le syndrome du miroir est rarement agréable et réaliser que nos émotions et ce que l’on prenait plutôt pour de l’humanisme exacerbé et engagé s’apparente parfois à une condescendance, même inconsciente, ça peut faire mal.

Des thèmes de fond traités en surface


Et des thèmes passionnants il y en a un paquet. La pauvreté extrême, l’exploitation des enfants, violences entre les religions, et j’en passe. Le spectateurs pourra cependant rester sur sa fin devant un traitement parfois trop superficiel. A trop vouloir en dire on se perd parfois dans les méandres de son propre esprit. Les thèmes, pourtant si intéressants au départ, se retrouvent un peu trop souvent catalogués au simple niveau de tremplins scénaristiques semblant n’avoir pour unique but de satisfaire les intentions sages d’un spectateur qui prendrait autrement le film pour une bluette romantique creuse et niais autrement.

En somme, Slumdog Millionaire reste un feel good movie à l’américaine, sur fond Bollywoodien, parfois agaçant de naïveté et rempli de clichés. Un peu trop marketté pour faire pleurer dans les chaumières et pour secouer les cordes sensibles des apprentis humanistes occidentaux, le film reste un moment plaisir, qui en fera sourire certains et grincer des dents les autres.

Ce sera mon dernier mot.