13 Reasons Why, not another teen serie…

Les séries d’ado ont du mal à marquer les esprits depuis quelques temps. Après les années 1995-2005, la décennie qui a vu naître Buffy Contre Les Vampires, Dawson, Hartley Cœurs à Vif, Angela 15 ans, et qui a fait des drames adolescents un genre majeur du petit écran, où angoisses et apprentissage de la vie étaient des thèmes centraux, le genre s’est essoufflé et a laissé la place à des séries plus fantastiques, des séries où l’ado peut sortir de son quotidien sans se sentir concerné par les sujets.

Mais c’était sans compter sur 13 Reasons Why, série adaptée des romans best-sellers de Jay Asher, produite par Selena Gomez, et portée par une myriade de jeunes acteurs, tous aussi doués qu’ils sont inconnus. Sortie sur la plateforme de streaming Netflix le 31 mars 2017, elle a depuis fait couler beaucoup d’encre. Elle a son lot de détracteurs et ses fans de la première heure. Retour sur cette série qui a su remplir ses promesses émotionnelles.

Une première saison pour installer l’histoire.


Avant son suicide, une ado laisse treize cassettes audios pour expliquer son geste, les raisons et les personnes qui l’ont poussé à bout. 13 reasons why, par sa forme et surtout par son fond, apporte au genre du teen drama un nouveau souffle en abordant des sujets graves de l’adolescence et s’offre le luxe d’une profondeur sombre et mélancolique, le tout saupoudré d’esthétisme nostalgique emprunté au ciné indé.

Nous voilà plongé au lycée Liberty High, dont le nom sonne un peu comme une mauvaise blague devant la cruauté des élèves entre eux et ce sentiment amer d’impuissance face aux angoisse adolescentes. Hannah Baker s’est suicidée. Tout le monde est sous le choc. Pour expliquer son geste elle a enregistré sur des K7, treize en tout, les raisons qui l’ont poussée à mettre fin à ses jours. C’est le début de la série, en treize épisodes donc. Treize épisodes, treize cassettes, treize raisons. Et c’est Clay Jensen, celui qui était secrètement amoureux de la belle, qui va devoir les écouter.

Et les flashbacks démarrent. Le sujet n’est ni futile ni puéril. Le harcèlement, le viol, la dépression, la détresse adolescente et, enfin, le suicide règnent en toile de fond jusqu’à devenir l’essence même de la série. Le graphisme de la série, parfois surexposé et ultra solaire, d’autres fois sombre, morne et triste.

Le genre est si bien maîtrisé qu’on a un fort sentiment de déjà-vu. Ce lycée, on le connaît, noyé dans les clichés (les sportifs et cheerleaders populaires, les geeks, la belle que tous les mecs courtisent, le rebelle…), son ambiance lumineuse et vif. Les personnages sont sympathiques, mignons, biens sous tout rapport. En tout cas de prime abord. Si la série nous sert quelques archétypes de la scolarité américaine, elle évite adroitement la caricature, en adoptant un double point de vue : celui de Clay, un ado hésitant mais brillant, et celui d’Hannah, auteure des cassettes audio et, par extension, voix off de la série.

On entre donc, au fur et à mesure des épisodes, et des cassettes donc, dans l’intimité des lycées, on découvre leur fragilité, leurs doutes, leurs angoisses, leurs envies… Les explications d’Hannah, ses accusations, sa détresse apporte à la série une morosité palpable, une tristesse latente. Les flashbacks s’enchaînent, mêlant la vision d’Hannah à celle des protagonistes de chaque cassette.

La série évoque les malaises traditionnels du genre, comme la difficulté de gérer ses sentiments et de les avouer, le désir de popularité, les difficultés relationnelles avec les parents, mais elle le fait avec une certaine délicatesse et une sensibilité, sans pour autant laisser de côté des sujets plus graves qui lui apporte une dimension plus profonde, une intensité brutale, presque fascinante.

Une deuxième saison plus lente mais toujours aussi cruelle.


Si l’intrigue de la saison 1 se focalise essentiellement sur le suicide d’Hannah, la saison 2 se concentre sur les culpabilités des personnages et de celui qui fut désigné coupable numéro 1 de la saison 1. Hannah et fin tragique resteront donc au cœur des préoccupations, puisque l’affaire est portée devant les tribunaux par sa mère. C’est alors un déchaînement médiatique, une véritable déferlante pour les lycéens de Liberty High qui peinent à gérer leurs émotions face aux révélations des cassettes d’Hannah et à la difficulté du jugement.

La construction même de la série écoule cependant, malgré la thématique centrale plutôt similaire. Ce sont toujours 13 épisodes qui constituent la saison, mais finies les cassettes, désormais chaque épisode s’articulent autour de l’appel à la barre des différents protagonistes.

On entre à nouveau dans l’intimité de nos lycéens préférés et leur conscience, parfois bonne, parfois mauvaise.

La fin de chaque saison se fend d’une scène violente, qui reflète parfois la violence induite des relations adolescentes, et qui se permet un graphisme éloquent. Ce qui n’est pas pour déplaire, mais qui crée un certain malaise, propre à la série qui ne se veut en rien édulcorée.

Saison 3, nouvelle décharge électrique.


Dans cette toute nouvelle saison, exit Hannah, un nouveau personnage est introduit, Ani, qui devient la voix off. L’histoire du suicide d’Hannah ne nous a pas totalement quitté, on le sent en filigrane, mais c’est finalement un retour à la normale dont on est les spectateurs. Après quelques traumas et une certaine amertume laissés par la saison 2, il semblerait que nos lycéens se soient doucement remis.

Hannah a cependant totalement quitté la série, et Katherine Langford n’est pas au casting de cette saison. On est en droit de se demander ce qu’il va se passer. Où va mener l’intrigue. Quels vont être les nouveaux rebondissements ? Et on a changé de victime. C’est désormais Bryce Walker qui est mort. Et cette saison tournera autour de la résolution du crime, il faut donc trouver le coupable.

Sachant que Bryce ne jouit pas d’une super réputation, suite aux deux précédentes saisons, il semble difficile de se projeter et de se sentir touché par sa mort. Mais c’était sans compter sur la façon bien particulière qu’à la série de traiter la complexité des personnages. On se surprend même parfois à ressentir une once de chagrin pour la victime.

Et encore une fois, nous voilà plongés dans les méandres de la psychologie torturée des lycées de Liberty High. Avec sa thématique toujours axée sur la difficulté d’être un ado à notre époque, on ajoute de nouveaux thèmes, comme le désir de rédemption, la culpabilité ardente, la difficulté à assumer ses travers. Mais également la redécouverte de soi et de son corps après un trauma intense, la force de caractère, l’addiction et le féminin sacré

La série a eu droit à de nombreuses critiques, certaines bonnes, d’autres mauvaises. Vous l’aurez compris, je fais plutôt partie des premiers. 13 Reasons Why m’a profondément touchée et, malgré quelques détails maladroits qui ne l’empêchent d’accéder à une certaine justesse, la série a été une véritable surprise lorsque, le 31 mai 2017, j’ai pris la décision d’allumer mon PC pour découvrir cet énième teen drama.