Save the last dance, drama, drama, drama…

Quand le film est sorti, en 2001, j’avais 15 ans. Mon esprit critique n’était, alors, pas encore très aiguisé et j’avoue que j’adorais particulièrement tous ces films, très à la mode à l’époque, qui mêlaient ghetto, lycée, hip-hop et drame sociaux. Impossible de ne pas penser à Esprits Rebelles, sorti en 1996, petite pépite personnelle du genre.

Save The Last Dance, pas vraiment plébiscité à sa sortie, n’a donc rien d’un grand film. A l’époque, je me gavais de magazines de ciné genre Studio Magazine, Ciné Live et Premiere. Internet en était à ses prémices et la critique de film n’avait pas encore le vent en poupe comme aujourd’hui. Les long-métrages n’étaient pas décortiqués et intellectualisés, les avis s’arrêtaient souvent à un nombre d’étoiles et un « allez-y il est cool » ou un « évitez-le à tout prix ».

Après, et ça fonctionne toujours de nos jours, l’avis des uns ne doit pas, ou peu, influencer celui des autres.

Tout ça pour dire que j’adore ce film depuis mon adolescence et que quand je l’ai vu disponible sur Netflix je n’ai pas hésité longtemps avant de le lancer. En pleine période de solitude, de doute et d’autoflagellation on tend à s’envelopper dans cette régression terriblement rassurante.

Drama, drama, drama…


Sara a 16 ans et se destine à devenir ballerine. Elle auditionne pour la Juilliard School, école privée de spectacle new-yorkaise à la réputation internationale. Mais sa mère décède brutalement et elle doit renoncer à ses rêves et son Illinois natal pour rejoindre son père, musicien bohème, à Chicago. Ses repères sont chamboulés et elle se retrouve catapultée de plein fouet dans une ville cosmopolite où elle doit s’adapter rapidement aux us et coutumes de ses nouveaux camarades pour ne pas être rejetée. Culture noire américaine, hip-hop des années 90, ambition et recherche d’identité sont au cœur du film.

Déjà, par l’âge des protagonistes on devine rapidement sur la tournure drama queen que va prendre le film. En effet, des ados en quête de soi, dans un lycée ultra ghetto, plongés dans ces problématiques identitaires de taille (le terme negro est employé à foison), c’est déjà pas mal comme trame de fond.

Toutes ces blessures, profondément ancrées chez les personnages. Ce génie intello qui ne désespère pas mais dont la route est sinueuse, cette ado aux airs insouciants qui porte chaque jour le poids d’être mère célibataire, cette artiste auto-brimée qui souffre en silence de sa culpabilité face au deuil. Des thèmes pesants, traités avec cette légèreté, en apparence nonchalante, du lycée.

La confusion des sentiments


Mais le thème principale de ce long-métrage c’est, again, l’accomplissement de soi. Pas très étonnant lorsque les personnages principaux sont des lycéens. Thématique récurrente dans ces œuvres d’apprentissage, elle se marie à la perfection aux sentiments. Car en l’absence de sentiments, quels qu’ils soient, impossible de se dépasser, impossible de se réinventer. Assumer ses sentiments c’est aussi assumer ses faiblesses, ses défauts, pour tenter de toujours se perfectionner.

Dans un film où l’art tient une place principale les sentiments, à l’instar des sensations, sont centraux. Cette rencontre entre les deux protagonistes du film qui donne lieu à une histoire d’amour a ceci de joli qu’elle met en exergue ce que toute relation devrait être : un dépassement de soi constant, se tirer vers le haut en permanence. Et sans sentiments, rien n’est vraiment possible. Si le regard des autres est, parfois, sans importance, son regard à lui ne l’est pas, ne doit pas l’être. Et se transcender soi-même, se prouver à soi-même, ça passe aussi parfois par lui prouver que l’on est à sa hauteur.

Même si ça en a l’air, ce n’est pas en inadéquation avec l’adage « accepte-toi toi même » puisque les sentiments que l’on éprouve pour quelqu’un sont souvent un moyen d’arriver à cela. Si aimer quelqu’un c’est l’accepter tout entier, avec ses différences et ses particularités, c’est aussi souvent une raison de se dépasser, de se révéler.

Put your hands up ! Bouillon de cultures…


Et cette B.O qui fait zizir, ce hip-hop qu’on connaît par cœur, qu’on s’amuse à fredonner quand on ne s’époumone pas dessus. Là tient tout l’aspect régressif du film. Beaucoup de hits de l’époque avec, par exemple, le petit Love Like This de Faith Evans, qui font sourire à leur écoute. Petite thug des bacs à sable pendant toute la période collège, survêt pression Adidas et Fila aux pieds, The Notorious B.I.G, 2Pac et Snoop Doggy Dog ont bercé mon adolescence. Impossible donc de ne pas bouger les épaules en souriant en coin lorsque les sons du film explosent dans mes écouteurs.

Et on mélange tout, surtout la culture, à tous les niveaux. Culture artistique et culture sociale, culture et habitus. Autre thème du film : s’adapter, cette grande qualité humaine, parfois si difficile. La ballerine qui vient de sa campagne américano-puritaine et qui arrive dans un lycée en plein Chicago où c’est la seule blanche. Savoir s’adapter vite et bien. Musique classique mélodieuse et douce contre hip-hop ultra stylé et tonitruant. Deux lifestyles, ô combien différents. Son père, artiste original, est aux antipodes de sa mère bien rangée. Et ça ne passe pas du tout, au départ. Mais tout au long de son apprentissage de la vie, Sara finira par comprendre, en plus de se comprendre elle-même, que la différence peut, parfois, créer l’harmonie. S’adapter c’est aussi accepter, accepter l’autre, l’autre personne, l’autre réalité. Accepter c’est aussi, peut-être, en plus d’aimer les autres, une manière de s’aimer.

Ce film est clairement une production pour ados pré-pubères en mal de sensation. Un petit film parfois trop prétentieux, avec un jeu d’acteurs qui ne permet pas de ressentir, comme il se doit, l’émotion qui se veut palpable, mais il reste acceptable. Si je suis totalement honnête je dirai que le film est bien loin du chef d’œuvre mais qu’il a su parler à l’ado que j’étais. Il fait partie de ces films qui m’ont permis de grandir, même si le chemin est encore long puisque nous sommes en constante évolution. Il restera cependant un de mes classiques, peut-être simplement car il était au bon endroit au bon moment.